| |  Paul Gauguin et le Danemark | Une des salles de la Glyptotek de Copenhague est presque entièrement consacrée à Paul Gauguin (1848-1903), un merveilleux voyage pictural de Pontoise à Pont-Aven, de Bretagne à Tahiti en passant par le parc de Frederiksberg. Impressionniste, figure centrale de l'Ecole de Pont-Aven ou encore inspirateur des Nabis, Gauguin est, avec Cézanne, l'initiateur du post-impressionisme. Entre les toiles de Gauguin s'intercalent des paysages de Camille Pissarro. Peintre paysagiste, s'inscrivant dans la lignée de Corot, Pissarro est, pour sa part, avec Claude Monet, un des créateurs du mouvement impressionniste. Artiste, Camille Pissarro fut aussi mentor. Entre 1872 et 1884, il s'installe à Pontoise et réunit autour de lui nombre de peintres dont Cézanne, Guillaumin, Gauguin ou encore Vignon. Bienveillant, toujours disponible, il prodigue des conseils et développe le sens de la lumière, la luminosité des couleurs ou l'observation directe de la nature chez ces jeunes talents. Si ses deux années d'intense proximité avec Paul Cézanne sont célèbres, son influence sur Gauguin ne l'est pas moins. Même en 1885, il lui écrit encore : "Votre tableau, la vue d'une église à Rouen, par temps gris, est très bien c'est encore un peu terne. Les verts ne sont pas assez lumineux." Les deux hommes se sont rencontrés neuf ans auparavant par l'intermédiaire de Gustave Arosa, homme d'affaires, amateur d'art et tuteur de Paul Gauguin. Ce dernier assiste à l'exposition impressionniste de 1874 et s'intéresse à l'art d'abord comme collectionneur puis comme peintre. Encouragé par Pissarro, Paul Gauguin expose au Salon officiel en 1876 et, à la demande de son maître et de Degas, avec les impressionnistes en 1879. En 1881, il passe son été à Pontoise, à peindre, en compagnie de Cézanne et Pissarro. La touche s'affirme, son Nu de 1881, encensé par Huysmans pour son réalisme, triomphe et se trouve actuellement exposé à la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague. |
| |
| | | Car c'est bien de Copenhague qu'il s'agit. Pissarro et Gauguin, outre leur palette impressionniste, partagent, à des titres différents, des liens avec le Danemark. Camille Pissarro est né en 1830 à Saint-Thomas, une colonie danoise, et jusqu'à la fin de ses jours il conservera la nationalité danoise. Cette situation particulière lui évitera d'être mobilisé en 1870, mais ne l'empêchera pas de partir rejoindre Monet réfugié à Londres. L'ancrage danois de Gauguin est bien moins ténu. Agent de change, à la carrière prometteuse, il épouse en 1873 à l'âge de 25 ans Mette-Sophie Gad. Une jeune danoise dont il aura cinq enfants. En 1882, à la suite de l'effondrement boursier, il abandonne son emploi et envisage, au grand dam de Mette-Sophie, de se consacrer à la peinture. D'abord exilé à Rouen où il essaye de vendre des assurances, Gauguin accumule les difficultés financières et Sophie-Mette, ne croyant pas vraiment au talent de Paul, décide alors de retourner à Copenhague. Son époux la rejoint en novembre 1884, poussé par des motifs, on ne peut plus clairs : " Que voulez-vous, je ne possède plus un radis". Mette a l'intention d'enseigner le français et Paul doit se consacrer, en partie, à son art. Il espère alors connaître en Scandinavie un succès plus aisé, à la différence de ses débuts difficiles dans le milieu impressionniste parisien où il considère la concurrence plus forte. En outre, Gauguin a obtenu, avant de partir, de représenter, au Danemark, un fabricant français de bâches imputrescibles (Dillies). Même si certaines de ses oeuvres connaissent, en Norvège, un accueil encourageant, "des radis " il ne va guère en trouver. Dans un premier temps, Paul chante à Pissarro le "caractère extraordinairement pittoresque " du Danemark, avis qui ne résistera pas à l'hiver. La vente des bâches est un échec, ses toiles ne rencontrent pas le succès escompté et sa situation de famille se dégrade. Sa belle-famille ne comprend pas son engouement pour la peinture et lui reproche d'avoir quitté la bourse. |
| |
| | | Mette supporte difficilement la misère, et Gauguin le dit lui-même "Je suis un monstre de ne pas gagner d'argent". De plus, il ne parvient pas à s'acclimater à la société danoise : "Je suis si seul dans ce pays où je ne connais pas la langue des habitants". La petite histoire des relations franco-danoise garde surtout en souvenir : "le plus terrible des cannibale n'est rien comparé à un propriétaire danois" ou encore "Je hais profondément le Danemark. Son climat. Ses habitudes". Il fustige dans sa correspondance la "pruderie hypocrite" de la société danoise et les Danois qui lui "paraissent des tigres de méchanceté ". De manière plus pragmatique, il souffre surtout de la solitude et de la misère, il envisage alors le divorce et le suicide. En juin 1885, Paul Gauguin rentre en France avec son plus jeune fils, Clovis. Il essayera de maintenir le contact avec ses enfants et Mette, contrairement à ce que le roman de Somerset Maugham, The moon and Sixpence, inspiré librement de la vie de Gauguin, laissera croire entendre. Le Danemark, peu rancunier, gardera de Paul Gauguin les Patineurs (1884) et lui consacrera une exposition unique en 2005 au musée d'Ordrupgaard.
article rédigé par Vincent Terasson de Fougères, Historien, Secrétaire Général UFE Représentation du Danemark. |
| |
| |
|
| Union des Français de l'Etranger, Représentation du Danemark, c/o Pascal Badache Holtegade 7, 4TV, 2200 Copenhague N |  | dernière MAJ : lundi 22 février 2010
Ajouter ce site à vos favoris
|
|
|
|