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Musée des Arts Décoratifs de Copenhague 

Les rêveries d'une promeneuse solitaire... au Musée des Arts Décoratifs de Copenhague 

Un beau matin, Frederik 5 décida d'agrandir sa capitale.
Les conseillers hâtés auprès de sa majesté, lui proposèrent de construire un quartier flambant neuf, moderne à souhait, qui porterait son nom " la ville de Frederik " Frederiksstadt.

Un joli château clair et moderne serait conçu selon l'idée pertinente d'une construction modulaire de quatre bâtiments symétriques s'élevant en couronne autour d'une vaste place, où trônerait la statue majestueuse du souverain éclairé.

Frederik sourit et les ministres furent de joyeuse humeur.

Le quartier suivrait également : alors périphérique, il deviendrait le centre de la vie diplomatique et des quartiers chics et modernes !!!

A l'heure du café, le roi soucieux de la santé de ses sujets pensa qu'il manquait quelque chose afin d'asseoir sa réputation de souverain éclairé ; lorsqu'il eût la brillante idée de fonder un hôpital ultra moderne qui porterait son nom.
Toute une logistique neck plus ultra ferait pâlir le nord de l'Europe.
La fleur des Diafoirus y ferait ses études sous l'égide bienveillante, mais ferme des étoiles du diagnostique et du bistouri ; les patients, ses sujets béniraient dans leurs rêves plus ou moins comateux ce souverain bienfaiteur, sous l'oeil éthylique et assoupi de la garde de nuit.

Quoi qu'il en soit Frederik eût raison: son hôpital ne sera remplacé qu'en 1911, lorsque l'Hôpital National sera construit.

A cette époque, un joli petit musée délicieusement jeune et moderne attirait sur la place de l'hôtel de ville, les amateurs d'arts décoratifs, sortant de Tivoli.
Il avait été judicieusement créé par une fondation collective, en 1890 : l'association des Industriels de Copenhague et une donation du musée de la Ny Carlsberg. Ces visionnaires avisés désiraient informer leurs industrieux compatriotes sur l'importance de l'évolution et des influences stylistiques des arts décoratifs.

Dynamique, le musée se distinguera lors de la grande exposition universelle de Paris en 1900, par une participation moderne, élégante et avant-garde comme en témoigne le très beau livre en vente à la librairie du musée.
A cette occasion, celui-ci ne manquera pas d'acquérir quelques jolies pièces contemporaines, entre autres quelques pièces d'argenterie, également exposées.

Emménageant ses collections dans le bâtiment principal, ce joli musée s'est enrichi aux cours des ans, et est maintenant devenu cette délicate perle rare qu'un certain public et des touristes pressés oublient ou survolent injustement.

En ce qui concernent les habitants de Copenhague, il faut rendre justice au " Théâtre de la cour verte " Grønnegård teater, qui, habillant l'espace de ses coulisses de théâtre de verdure depuis maintenant une dizaine d'années, a reverdi au sens figuré ce musée devenu trop calme et un peu grisaillant.

Leurs représentations estivales - lorsque le soleil est au rendez-vous...- animent agréablement les après-midis et les soirées d'été.

Un bâtiment superbe nous accueille. Passé la jolie porte de fer richement forgée, puis la cour aux pavés Colbert petits et pervers (aï, aï, mes talons aiguilles !), dès l'entrée nous rêverons aux orangeries devenues musées.

Après le salon de thé, l'aile gauche propose un témoignage culturel des horizons lointains d'extrême orient : Japon et Chine, les laques nous fondent le coeur, les soies nous ravissent l'âme.
A noter tout de même la grande collection de Tsubas, ces gardes de sabres japonnais, les katanas, datant de la période Edo. Superbe collection de Hugo Haberstad, et donnée au musée en en 1940.
Il y a aussi cette splendide collection de porcelaine chinoise...

Les sens avivés, mais curieux, nous franchissons le seuil de notre maison, où le plat de Bernard Palissy nous accueille vraiment " chez nous " : à nous les bahuts, les tables, les secrétaires robustes médiévaux et renaissances, les faïences épaisses et bourgeoises données en cadeau à la culture européenne par la noblesse commerciale flamande : un soupir... un désir de tulipes...de dentellière...de musiciens ou de joueurs de cartes à ces tables luisantes mais vides.
Un plafond venu de Valence nous rappelle malgré toute sa magnificence la lourdeur et la morosité des lieux, les guerres de religions, le climat froid de la petite période glacière, les appartements et châteaux aux fenêtres minuscules, aux murs réchauffés de gobelins épiques ou religieux, les gens calfeutrés derrière les constructions épaisses, habillés de lourds velours, dont l'idée de les porter aujourd'hui nous prend à la gorge...
" la femme moderne (dit Cardin - ou bien quelque chose dans ce genre - lors de son défilé au début des années soixante-dix, ceci afin de justifier l'emploi d'Organza pour sa collection d'hiver), n'a plus froid !" Tous les lieux sont chauffés : le métro, l'autobus, les bureaux et bien sûr... chez soi ! " (Br...Br... grelottèrent les petites mésanges perchées sur leurs talons hauts au mois de février, attendant l'autobus à 7 heures le matin pour aller au bureau...).

Changeons vite de salle... Un coq de porcelaine blanche sert d'aboyeur. Roccocorico: il garde en compagnie de ses congénères les porcelaines du XVII et XVIIIème sagement en ordre dans leur jolie vitrine...
Peut-on fabuler des bals masqués la nuit, lorsque ce personnel à l'affabilité souriante dort sereinement ? L'esprit d'Andersen n'est jamais bien loin.
Concernant le milieu du XVIIIème siècle, le climat avait subit un réchauffement, et cela se répercutait sur l'architecture, le mobilier et la mode.
La clarté spacieuse, des portes-fenêtres donnant sur des terrasses ou bien des balcons faisait oublier les machis-coulis lugubres. Autres temps, autres moeurs...
Un peu plus loin, les meubles présentés sont clairs eux aussi, délicats et les essences rares employées n'a d'égal que la fonction destinée à ces petits chefs d'oeuvres : table de toilette, de lecture... et les sièges allant avec : liseuse, bergère...
La Révolution verra malheureusement brûler toutes ces jolies choses, ainsi que ces grands clavecins français décorés par Watteau, ces bonheurs du jour, ces secrétaires et la plupart des lambris de ces majestueux hôtels haïs pour leur arrogance provocante. Les hivers étaient devenus terribles et les gens mourraient de froid... il fallait bien se chauffer.
Mais avant ces périodes sombres, de petits meubles délicats verront le jour, et par un hasard heureux, certains échappés pour des raisons diverses peuvent maintenant ravir ceux qui les contemplent.
Un détail nouveau, et point des moindres, attire notre attention sur ces petits meubles exposés : à l'inverse des meubles de la salle de la Renaissance, robustes mais anonymes, les meubles du XVIIIème siècle se dressent fringants et revendiquent leur créateur.
Le siècle des lumières encore, on se rappelle de ces pages de la grande encyclopédie de Diderot où les jolies gravures des planches explicatives nous montrent tous les outils utilisés par les artisans d'alors.
Tous les noms de ces étiquettes explicatives mériteraient une étude spéciale, un jour... à cause de la bonne odeur du bois, de l'amour de la belle ouvrage, et de la fierté professionnelle bien méritée.

La pièce suivante, minuscule, en coin, qui clos cette période continentale est consacrée au nécessaire de cette malheureuse reine danoise, d'origine anglaise Caroline Mathilde, exilée après le scandale royal et médical de Struensee. Un magnifique nécessaire de toilette de 30 pièces qui en rappelle un autre, tout aussi royal, et dont la propriétaire eût un destin tout aussi tragique : Marie-Antoinette ! ( à voir au Louvre)
Celui présenté ici est modeste en comparaison à l'extravagante commande faite du Suédois.
Si la question reste posée en ce qui concerne le nécessaire de Marie-Antoinette, sur le fait qu'il ait été utilisé ou non (puisqu'elle fût arrêtée à Varennes), pour ce qui est de celui exposé à Copenhague, la réponse est rapide et positive : il subît bien des cahots sur les routes européennes et les roulis de bien des mers... mais bien calées dans leur caisse de transport, les jolies pièces d'argent sont arrivées jusqu'à nous, et nous parlent encore, si nous savons écouter... de cette jeune reine morte dans la disgrâce à 24 ans.

Bavards, les meubles anglais le sont aussi : leurs industrieux ébénistes ne se sont pas contentés de confier leur inspiration à leurs ouvriers et à leurs élèves. Non, l'esprit de l'industrialisation commençait à souffler sur la société anglaise, et la rationalisation était au goût du jour. Des catalogues professionnels adressés à leurs confrères nous permettent encore aujourd'hui de savourer les quatre grands mouvements stylistiques de ces ateliers d'ébénistes anglais : Chippendale (1718-1779), Ince & Mayhew (leurs concurrents) Georges Happlewhite (mort en 1786) et enfin Thomas Cheraton (1751-1806).

Dans les pièces suivantes, le nouveau classicisme reprendra la visite et nous conduira vers quelques jolies pièces danoises. Danois également les meubles de la fin du XIXème siècle, qui nous dirigeront vers les acquisitions Art-Nouveau présentés par le musée : du plus grand, ce buffet d'Eugène Gaillard à un des plus petits dans la pièce à coté, cette épingle à chapeau de René Lalique.

Concluant cette promenade dans le passé, notons également ce joli gobelin, pastorale de Carl Larsson.

Sur le chemin de notre sortie, nous traversons toute l'aile droite du musée qui est spirituellement consacrée au design danois et moderne : une collection de sièges, une salle Kaare Klint sans compter cette exhaustive collection d'affiches (particulièrement les affiches françaises du début du XXème siècle et les affiches de la révolution russe).
Et puis, soudain la couleur, le plastic et le design moderne nous portent et nous transportent par ses cotés ludiques. A ne pas oublier sur le chemin de la sortie : La boutique du musée, où les cadeaux d'anniversaire et de Noël pourront être achetés, pour ceux à la bourse bien garnie, car un peu chers. Mais c'est du design de haute gamme : noblesse oblige !

A ne pas manquer non plus : La jolie bibliothèque. Aimable et attentive, la bibliothécaire vous aidera à trouver le livre sur la dentelle qui vous intéresse. Les photocopies abordables vous permettront de reproduire un motif de broderie : petits doigts agiles, profitez-en !

Ainsi, ce musée ne doit pas être oublié : par les fins de semaines grisaillées qui nous attendent, il est un excellent but de promenade et le salon de thé accueillant proposera son répertoire agréable, d'une dizaine de suggestions pour un déjeuner (env. 100-130 kr sans boisson), et plus simple, mais tout aussi délicieux pour une tasse de thé ou de café accompagné d'une pâtisserie maison (env. 50 kr).

Infos :
Fermé le lundi, gratuit le mercredi.


Union des Français de l'Etranger, Représentation du Danemark, c/o Pascal Badache Holtegade 7, 4TV, 2200 Copenhague NClick here to subscribe to this RSS feed
dernière MAJ : 22. februar 2010
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